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Guerrier du rêve.
Jean-Paul Bourre.
Les Belles Lettres. |
"Le risque en écrivant son autobiographie est de tomber dans l'exercice de style purement narcissique, le délire mégalomaniaque qui tourne autour de micro-détails en croyant qu'ils séduiront la planète. Jean-Paul Bourre évite cet écueil en rédigeant la sienne, et ce pour une raison essentielle : il a conservé dans le rétroviseur de ses neurones le reflet tourmentant d'un passé pas vraiment révolu puisqu'il souffle encore sur ses braises, et déversant en toute inconscience celui-ci, il parvient à charrier au fil des pages crevant la vacuité de l'amnésie un flot de pépites innocentes et d'astres morts qui laisse s'écouler de tendres rémanences, de perverses étreintes et tout un tas de nostalgies empoisonnées qui font écho dans le tunnel mémoriel de chaque lecteur potentiel. Il n'enjolive pas mais use souvent d'un ton au vitriol pour décrire ses propres errements et contradictions, il faut dire que son parcours plaide pour lui et qu'il n'est pas nécessaire d'en rajouter sur le plan stylistique tant la densité des expériences border-line plombe le récit d'une chape funèbre et tragique.
De l'Auvergne ensanglantée et rebelle à des théâtres guerriers adultes trop adultes (Liban ou Croatie notamment) il traîne sa soif d'absolu et de rédemption aux quatre coins du monde, guettant les signes et les connexions parlantes, repoussant l'ombre grandissante du désespoir aux lendemains furtifs. C'est à un refus fondamental auquel nous assistons, celui de la grise normalité factice, celui du piège social moderne, pour mieux planter un drapeau virevoltant de liberté certes chaotique mais Nietzche ne prophétisait il pas "qu'il faut encore porter du chaos en soi pour enfanter des étoiles" ? Infantile, pathétique et régressif pourront croasser les détracteurs aux coeurs secs et morts, pour les autres, le vertige des lignes prendra à la gorge.
Ce guerrier du rêve, loin de jouer les sauveurs à la manière infatuée d'un Bhl de province assume son avidité émotionnelle, ses ambiguités bancales et la multiplicité de ses pistes de recherche confinant à la schyzophrénie, sans fard ni complaisance, mais avec le goût des saveurs sulfureuses, nocives et salvatrices à la fois. En se perdant, il se trouve, en se trouvant, il se perd, au coeur même d'un maelstrom de sensations enfuies, un domaine sans nom auquel tout ce livre rend follement hommage et se conclue par cette phrase qui pourrait être son credo : "quoi qu'il arrive, nous sommes des innocents par mirages".
Thomas |